Hypocrisia Land
Chapitre 1
Je me réveille, descend dans la cuisine, dans un tel désordre qu'on pourrait en admirer le style. Deux biscottes et un verre de lait, pas plus. Je me brosse les dents, puis une fois douché, j'enfile un costume à deux milles euros, que je réservais à une grande occasion. Mais il n'y aura pas de grande occasion. Je sort, sans fermer la porte. À quoi cela me servirait, puisque je ne reviens plus.
Paris est une ville immense, c'est en étant à l'intérieur qu'on peut réellement le constater. Les voitures glissent sur la chaussée, de part et d'autre. Les klaxons me rendent fou, en hurlant dans mes oreilles tel une diva d'opéra, qu'on aimerait abattre d'un coup de fusil à pompe, pour enfin s'entendre respirer. Je ne reconnais plus les rues. À croire qu'elles se sont alter changées durant mon sommeil. Ma tête est lourde, j'ai l' impression qu'un obèse se pend à mes cils, pour m' empêcher d'ouvrire les yeux. Les passants marchent de plus en plus vite, alors que moi je ralentie de plus en plus. Certain, me bousculent, courent comme s' il en dépendait de leur vie. Je n'ai aucune idée de l'endroit où je vais, je sais juste que je suis malheureux, sans pour autant savoir pourquoi. Je me rappelle très bien les événements datant de l'année dernière, mais je suis incapable de dire ce que j'ai mangé hier. En tout cas, ça ne devait pas être fameux, car j'ai envie de vomir. La poche inférieur droite de ma veste est légèrement bombée. J'y trouve la photo d'une jeune femme brune, assez jolie, son visage ne m'est pas inconnu. Puis ma main frôle un mouchoir que je constate taché de sang, ainsi qu'une alliance. Une alliance? Je suis peut-être marié. Il faut que je me souvienne. Je rentre dans un café, le café Lésguine. Mon dieu, cette serveuse a plus de piercing sur le nez que j'ai d'argent dans la poche...
« vous désirez, monsieur? Je ne sais pas ce que je prend le matin. Probablement ce que prennent la plupart des parisiens.
-Un café bien séré, s'il vous plait. »
L'horloge indique neuf heur, le local semble vide, aussi vide que ma tête engourdie.
-Excusez-moi, quel jour sommes-nous?
-vous plaisantez j'espère, nous sommes samedi bien sûr.
-ah oui, bien sûr, suis-je bête, merci.
-tous va bien monsieur?
-il...il faut que... je me souvienne.
-attention monsieur! Vous allez tomber! Vite! Appelez un médecin!
Je travaillais comme interprète, dans l'entreprise française d'importation et d'exportation mondial; GILPAGAR Corporation (prononcé à l' américaine). On y transportait toute sorte de produits; dentifrices, sodas, jouets pour enfant, préservatifs, pneus de tracteur, friteuses, croquettes pour chat, chaussettes, cordes pour violoncelle, posters dédicacés du Pape et j'en passe...Nos principaux clients étaient l'Afrique subsaharienne, la Mongolie et le Groenland. L'immeuble de trente quatre étages, se situait en plein centre de Paris. Une architecture moderne, vêtue entièrement d'une verrière bleue turquoise, qui dominait un parking aussi large que l'étendu d'une plage. J'entrais dans le bâtiment avec une certaine aisance, un espèce de confort interne, que je ne pouvais expliquer. Au rez de chaussé, la vie grouillait déjà. Un petit gros m'adressa la parole.
« bonjour monsieur Lentto. Comment allez vous aujourd'hui?
'' Mal, depuis que je vous voie'', aurai-je voulu répondre, mais je me contentai d'avancer en souriant, je l'oubliai aussitôt. Je devais me rendre au vingt sixième étage. Je détestais prendre l'ascenseur, j'avais une sorte de claustrophobie, que mon médecin qualifiait de'' petit malaise''. Et puis le fait de devoir écouter tous ces gens, aux répliques stéréotypées, me rendait malade.
-salut Oscar! Vite! Le patron t'attend dans son bureau!
-Détend-toi, Charly, ou tu va finir par te pisser dessus.
Charly pouvait être défini en tant que grand maigre dépressif, au regard globuleux. Il était mon collègue de travaille, pour la paperasse administrative, au secteur ''glandologie''.
-''Soupe au lait'' est encore dans tous ses états. Me dit-il avec frayeur. »
''Soupe au lait'' était le surnom, que les employés attribuaient au PDG de GILPAGAR, M. Rodolphe Blumsimblerschtungenstein. C'était un vieux colérique grassouillet, d'origine suédoise du coté de son père et allemande du coté de sa mère. Il dirigeait l'entreprise d'une main de fer, sans gant de velours. Je n' appréhendais pas cette convocation, qui me semblait presque normale, néanmoins je sentais que j'allais passer un mauvais quart d' heure. Tel un condamné à mort, j'avançais dans le couloire. Je constatais une certaine compassion dans le regard de mes camarades de travail, un regard qui voulait dire ''courage mon vieux''.
Chapitre 2
Après avoir séré des mains moites et signé des papiers dont je ne voyais pas l'utilité à une secrétaire qui avait mauvaise halène, je suis enfin arrivé devant une immense porte sur laquelle il était écrit; ''bureau du patron''. je toquai une fois, puis deux et n' ayant obtenu aucune réponse, j'entrai dans le somptueux bureau. Le vieux était en admiration devant un tableau qu'il appréciait particulièrement; une nature morte, représentant des pommes de terre dans un bol. J'ai du tousser une dizaine de fois, pour que ''soupe au lait '' se daigne à se détourner du chef-d'½uvre dont il se ventait tant d'avoir payé si cher.
« ahhhhhhhh! zé vous mounzieux Lentto! Vunéééé zizi zi vous plait!!! »
Dans ce langage pâteux et tout à fait incompréhensible, avec lequel s'est exprimé le vieux, durant une bonne heure, j'ai cru déchiffrer dans ses hurlements porcins, les mots suivants;''imbécile'', ''grande soirée'', ''inauguration'', ''responsable'', ''organisation'', ''invités'', ''important'' , ''carrière'', ''attention'', ''viré'', et ''j'ai mal au ventre''. je crois que je suis sorti du bureau en remuant de la tête, sans comprendre ce que Blumsimblerschtungenstein racontait avec tant d'enthousiasme. Charly m'attendait devant la porte.
« Alors, alors? T'en as pris plein la tronche hein, Oscar?
-Et bien, je ne sais pas Charly, comme je n'ai compris que le quart de ce qu'il m'a dit.
Nous sommes sorti du bâtiment plus vite que prévu, le soleil faisait fondre l'excès de gel qui dégoulinait sur l' épaule de Charly. Comme dans notre habitude, nous nous dirigions vers sa voiture, prés de laquelle, comme dans son habitude, un chien venait effectuer sa tâche naturelle.
« oh merde! Ce clébard a encore pissé sur ma portière! Ah, le jour où je l'attrape...
-t'énerve pas, il apprécie juste ta luxueuse deux chevaux...comment va ta femme?
-mais enfin, Oscar, tu sais bien que je ne suis pas marié!
-ah...possible.
-on est amis depuis dix ans et tu ne porte jamais attention à ce que je te dis!
-ah...possible. Peut-être parce que ce n'est pas intéressant. »
Charly devait comme chaque samedi, me déposer cher moi, un somptueux deux pièces sans cuisine, que ma mère me finançait, pour la simple raison que je lui « foute la paix », comme elle aimait tant me le rappeler. Durant le trajet, Charly ne m'adressa pas la parole, mais ça tombait bien, car je n'avais pas vraiment envi de lui parler. Je l'avais probablement vexé, mais il me semble que ce jour là, j'avais préféré une bonne sieste à quelques excuses inutiles.
Le lendemain, je recevais une lettre qui confirmait les instructions de ''soupe au lait''. Il s'agissait en effet, d'une sorte de mission d'espionnage industrielle dont j'étais le James Bond. Dans exactement deux semaines, je devais réussir tant bien que mal à m'introduire chez notre premier concurrent, Monsieur G.D Carry, le PDG de la célèbre marque de dentifrice '' Poalodent''. Cet homme d'une cinquantaine d'années, a découvert en 1975, le premier nettoyant dentaire qui brillait la nuit et gardait l'halène fraîche durant de longues semaines. On racontait même qu'après avoir fait l'expérience de son produit miracle, Carry, par pure conviction, avait décidé de ne plus jamais se brosser les dents, pour que sa clientèle puisse sentir l'extrême efficacité de sa création. Comme j'avais une affreuse migraine, je jetai aussitôt l'enveloppe sur le bureau, où en étaient entassées des centaines d'autres, qui m'incitaient par de chaleureuses menaces judiciaire, à payer mon abonnement à '' Lolonenette''. Ce site de rencontre, dont j'étais assez friand, me permettait de faire la connaissance d'une vaste catégorie de femmes, dont j'ignorais l'existence. En effet, après quelques bonnes heures de discutions intensives sur le thème philosophique du verni à ongle, je réussissais à obtenir un rendez-vous. Néanmoins, quelques fois, j'aurais préféré ne pas rencontrer le beau visage virtuel, qui contrastait fortement de l'hideuse réalité. Ce fut malheureusement le cas, pour une certaine Jenny, vingt-deux ans, cinquante kilos pour un mètre quatre-vingt. Son message privé était; ''je saute tout ce qui bouge ''. Il était évident qu'en bon intellectuel, je voulait l'inviter à boire un verre ou dix, histoire de parler du sérieux problème démographique de notre planète, et de l'urgence de la reproduction. Je l'attendais devant la terrasse d'un bar où l'on était certes mal servi, mais personne ne s'en plaignait, car les serveuses étaient toutes blondes et portaient des mini jupes. J'ai toujours eu horreur des gens, qui dans des lieux publiques, s'incrustaient avec la fâcheuse phrase bateau; '' il y a t-il quelqu'un à cette place? Puis-je m'assoire?''. Et c'est exactement ce qui se produisit. Une femme à l'allure agréable, malgré les jambes mal rasées, se présentait devant moi.
J'hésitai avant de lui dire; '' oui, asseyez-vous...'', car elle me cachait le soleil qui me brûlait le visage, depuis plus d' un quart d'heure. Je détestais le printemps, l'hiver, mais l'été encore plus, car ce dernier m'assombrissait la peau, ce qui en ville, par je ne sais quel miracle, me coûtait plus de contraventions que quand j'étais tout blanc. Voyant l'impatience de la jolie brune, qui se démarquait du champ de blonde, je lui indiquait de s'assoire.
« Allez y, je vous en prie...
- merci, vous êtes Oscar?
- seulement si vous êtes jenny.
Après un bref sourire, elle m'envoya dans la figure la phrase suivante; '' je cherche uniquement une aventure sexuelle.'' Ma réponse fut tout aussi claire; ''moi aussi'', que dis-je avec un air quasi-pervers. À ce moment de la situation, je ne me doutais pas que j'allais très vite perdre ce petit air enthousiaste .
Chapitre 3
À trois heure de l'après-midi, la chaleur était à son paroxysme, dans Paris. Le soleil me brouillait la vue. Comme nous nous apprêtions à aller boire le fameux '' dernier ver'' chez moi, Jenny me proposa de conduire sa voiture. Après être restée longtemps au soleil, celle-ci me faisait penser à un grille-pain géant, quand je la conduisais. La surface des luxueux sièges en cuire, collait aux fesses. L'excitation montait en moi, à chaque fois que la route m'obligeait à regarder à droite, où était assise Jenny. Elle était calme, immobile, dans cette friteuse ambulante. Je sentais la chaleur de son corps brûlant, qui enveloppait le mien. Des petite gouttelettes de sueur glissaient de son long cou, jusqu'à ses seins. Je l'observais dans tout ses détails, à tel point que je ne me rendis même pas compte d'un autre léger détail, au milieu de la chaussé. Un camion, sur lequel je fonçais. Je l'évitai de justesse. Suite à quelques;'' hé du con! apprend à conduire!!'', ou '' imbécile!! retourne au code!'', la ravissante Jenny me mit la main sur la cuisse, en disant d'une voie suave; ''regarde la route mon chérie''. On aurait dit un vieux film américain. Tout mes sens étaient en alerte, sauf la vue, manifestement. Mon c½ur battait si fort qu'il me lancinait presque, surtout quant elle m'embrassa lentement derrière l'oreille. C'était la première fois de ma vie, que de telles sensations m'envahissaient, sans que je puisse lutter contre. Alors, je mettais cela sous le sort de l'atmosphère pesante, qui me ralentissait le cerveau et m'agitait le sex. Je haïssais les relations à longe durée, que je trouvais trop ennuyantes et contraignantes. Je ne désirais la femme que pour son corps, car il en va de soi que celle-ci n'a pas d'esprit. Je ne pouvais plus respirer. Et malgré l'attirance physique que j'avais pour Jenny, je ne comprenais pas pour autant, pourquoi comme la plupart des femmes, elle se baignait dans de l'eau de toilette, pour que les hommes la remarquent. Sa beauté ne sautait pas forcément à l'½il, mais elle m'intriguait sans que je sache pourquoi. Elle avait une certaine présence et un regard bleu ciel qui m'envoûtait. Ce qui n'était pas le cas de son parfum, brute et boisé qui donnait dans ma gorge un goût amer. J'étouffais. Heureusement, nous approchions de mon appartement. À l'entrée, les escalier étaient froids et dégageaient une fraîcheur dont nous profitâmes avec plaisir, avant de monter. Après quelques courtes paroles insensées, nous nous embrassions déjà. En montant, nous croisions ma voisine de palier, une vielle illuminée qui prétendait être l'arrière petite fille de Charlemagne. À mon arrivé, comme toujours, elle ouvrait sa porte et me fixait de ses petits yeux divergents, mal placés sur son visage blanc, tout serré et asymétrique. Moi, je la respectais et comme toujours, je lui tirais la langue. Tandis que ma main droite caressait les fesses de Jenny, ma main gauche cherchait la clef. Et comme une surprise n'arrive jamais seule, après la folle qui nous reluquait, il a fallu que nous croisions le concierge qui montait, un nain moustachu, qui avait autant de cheveux sur le crane, que de dents dans la mâchoire. Il avait la fâcheuse habitude de battre sa femme, sous prétexte qu'elle était plus grande que lui. Consternée par cet affreux spectacle, Jenny entra rapidement, une fois la porte ouverte. Elle ne put s'empêcher de se moquer de ses deux personnages, qui moi, ne me faisaient plus du tout rire. Au contraire, ils m'agaçaient par leur différence et leur hypocrisie. Je n'avait plus rien dans le frigo. Le temps que je lui propose du jus d'orange, dont la date de péremption correspondait à celle de ma naissance, elle trempait déjà son corps nu dans la baignoire. Je laissai tomber le jus d'orange ainsi que mes vêtements, pour aller la rejoindre. Les détails m'échappent, mais il me semble que la nuit fut plus que satisfaisante. Néanmoins, le lendemain, je constatais un lit vide, qui ne renfermait plus que son parfum persistant. L'appartement était dans le désordre totale. En allant dans la cuisine, je sentais le jus d'orange qui collait sous mes pieds. Aussi étonnant que cela puisse paraître, je n'avait aucune idée de ce qu'il s'était produit la veille. Comme si on m'avait givré une partie du cerveau. Je ne savais pas à quelles activités nous nous étions livrés, mais j'avais étrangement du mal à m'assoire. Je cherchais absolument à comprendre l'origine de ce parfum, ces jambes mal rasées, cette voie suave. Pourquoi paraissait-elle si distinguée, si spéciale, si mystérieuse? Je voulais comprendre. Et c'est bien plus tard que je compris, que Jenny s'appelait en réalité Jean.
Chapitre 4
Suite à cette mésaventure et après avoir vomi durant une semaine, je décidai de me désabonner de '' Lolonenette'', pour me consacrer à ma mission principale, l'infiltration dans l'entreprise POALODENT. Monsieur Carry allait organiser une soirée mondaine, en l'honneur de l'inauguration du vingtième anniversaire de la fameuse brosse à dent, qui faisait cuillère à soupe. Charly avait réussi à m'obtenir une invitation de manière tout à fait légal, il avait couché avec la réceptionniste, une vielle lubrique de soixante dix-huit ans. Pour des raisons que j'ignorais, mon meilleur ami était un lèche botte. Mais tout devint plus claire, quant nous nous rendîmes dans le bureau de ''soupe au lait'', pour recevoir les dernières instructions de la mission. Charly tremblait comme un vieux lave-linge. Son visage étiré devenait tout blanc à la vue du vieux colérique. Il exécutait le moindre de ses ordres sans discuter. Je pouvais parier que si le vieux lui avait demandé de sauter par la fenêtre, il l'aurait fait. Il avait particulièrement peur de lui. Il suffisait que ''soupe au lait'' lui jette un ½il, pour que Charly soit au bord de l'évanouissement. Paradoxalement, celui-ci avait une certaine sympathie envers mon ami. Je ne comprenais donc pas la nature de sa phobie. Je me rendis à l'évidence qu'un détail m'échappait. Tout n'était pas claire dans leurs relations. D'autant plus que le patron le surnommait Lucien. Pensant que le vieux couvait un alzheimer, je n'essayais même pas de comprendre. Dès que je reçus la liste des invités et collaborateurs de POALODENT, ainsi que les plans du bâtiment, je me rendis chez Charly. L'heure de l'inauguration était proche et je ne me sentais pas prêt. Quatre heures d'émission sur la chasse et la pêche, douze tasses de café et vingt-six cigarettes plus tard, le soleil se couchait enfin. J'étais en retard. Alors j'enfilai une veste ridicule, sur une chemise rayée ridicule, déguisée d'une grosse cravate qui l'était tout autant. Mais mon père, un politicien savant, me disait toujours, avant de mourir d'un cancer de la testicule droite; ''Dans une soirée mondaine, on reconnaît les bons hommes à leur mauvais goût vestimentaire''. À GILPAGAR, les employés étaient tous bons. Déguisé comme un pingouin, je m'apprêtais à rejoindre ceux de ma nouvelle espèce. « C'est l'heure, mon vieux. » M'avertit Charly d'une voie anxieuse. Durant le trajet qui me menait à l'immense villa de Carry, je ne pouvais m'empêcher de constater à travers la vitre, la cruauté de notre monde. Cette vielle femme qui faisait la manche près d'une boulangerie, tandis que d'autres y venaient s'empiffrer de viennoiseries, afin d'alimenter leurs bourrelais débordant de graisse. Cette magnifique prostitué à l'entrée d'un bar, qui devait faire semblant d'aimer un vicieux binoclard, pour nourrire ses petits. Ou encore cet homme, au bord du trottoir, qui s'initiait à l'alcoolisme, un hobby que sa femme a dû lui suggérer, avant de repartir aux bras d' un autre minable. C'était un aperçut du merveilleux monde dans lequel je vivais. « Regarde ça Oscar. Dit Charly en désignant la prostitué.
- Et alors?
- Il en a de la chance le moche, j'ai l'impression qu'il va s'amuser ce soir...
- Certes, plus que nous en tout cas... dis-je de manière indifférente.
- Mais il a vraiment une salle gueule, fit Charly.
- Certes, il est bien plus agréable de jouer le rôle du client que celui de la prostitué.
- Tu crois qu'il a payé combien? Charly semblait intéressé. Sa persistance m'agaçait, d'autant plus que je n'avais pas du tout la tête à ça.
- Regarde devant toi.
- Tu penses qu'elle...
- Stop! Je m'en fiche. Accélère au lieu de baver, nous allons manqué le discours de Carry. » Nous l'avions effectivement manqué. Mais, notre arrivé à la villa passait inaperçus. Mon fidèle compagnon m'abandonna devant l'entre de la résidence. Sur un fond sonore de Vivaldi, on pouvait distinguer la voie efféminée et stridente du PDG de POALODENT. Celui-ci conversait avec quelques têtes difformes, en face de la statue d'une grosse brosse à dent. Autour de cette calamité, étaient disposés des banquets remplis de mets inconnus, mais mangeables. « Délicieux, n'est-ce pas! S'écria un obèse barbu. Il hurla si fort que je fit tombé le plateau de toaste dans la piscine limpide et éclairée. Tandis que je me noyais dans un océan de regards, le gros poursuivait le sabordage de ma mission, sensée rester secrète. Alors? Vous êtes dans quelle branches?
- Je suis dans...
- Le textile? Annonça un petit filet de voie, qui sans même le savoir venait de me sauver la vie. Ou peut-être le savait-elle.
- Oui... tout à fait, répondis-je au gros poilu, le textile... Veuillez m'excuser pour le plateau. Ne voyant rien de surprenant dans mon allure et mon métier, la foule se dissipa aussitôt, laissant au fur et à mesure apparaître une silhouette fine et immobile. Par un déhanché linéaire, tel un funambule, elle se rapprochait délicatement de moi. Je ne savais pas si je devais la remercier d'abord ou l'embrasser directement. Mais quand la lumière tamisée de la soirée enroba son corps délicieux, il n'y avait alors plus aucun doute sur mes intentions stratégiques. D'autant plus qu'il s'est avéré que cette charmante créature était, par je ne sais qu'elle sorcellerie, la compagne de Carry! Quant celui-ci intercepta la jeune femme qui se dirigeait vers moi, elle esquissa un bref sourire, après un léger sursaut. Puis tout se déroula très vite, Carry l'empoigna avec ses longues branches qui lui servaient de doigts et se mit à peindre les douces lèvres de la belle inconnue, avec sa bave putride. Cette scène me souleva le c½ur. Le patron dodu et baveux, se retira rapidement, à l'appel de ses camarades tous aussi laids que lui. Le buste divin continua sa lancé vers moi, en essuyant discrètement sa fine bouche. C'était un petit bout de femme, vêtu d'une robe de soirée de couleur sanguine. Elle était très amincie, avec un visage d'une blancheur immaculée qui sous certains angles, semblait dissimuler une larme au coins d'un ½il sombre et impénétrable.
- Je sais pourquoi vous êtes ici, murmura-t-elle d'un ton fantomatique.
Paralysé par ces quelques mots et dépourvus de toutes paroles, je me contentai d'observer bouger ses lèvres étroites. Sur le coup, je ne réalisais pas à quel point cette rencontre allait être primordiale.
Chapitre 5
Deux jours auparavant, j'étais allé faire mes courses dans le célèbre centre commercial '' DONFRIK'', dont le slogan était; '' gagnez moins, achetez plus''. Ce magasin offrait des remises exceptionnelles sur des produits essentiels au quotidien, tels que le tir-bouchon en acier ou les préservatifs. Sans compter les vigiles, les caissières et les techniciennes de surface, autrement dit les balayeuses, ce grand centre accueillait chaque jours trois types de clients. En effet, il y avait ceux qui achetaient, ceux qui volaient et ceux qui n'achetaient pas. Tout d'abord, ceux qui volaient des biscuits ou des friandises, étaient vite interpellés et écrasés au sol par deux gros mastodontes en costume noir, qui avaient des tête bien petites, mais des épaules bien larges. Les pauvres voyous, une fois secoués comme de vulgaires chiffons, étaient traînés vers une petite salle confidentielle, à l'abri des regards et en un temps éclaire, afin de ne pas perturber ceux qui se jetaient dans le gouffre commercial, c'est à dire les acheteurs. Ceux-là remplissaient leurs cadis, jusqu'à ce que ces derniers débordent de pizzas, de tablettes en chocolat et de choucroute en conserve. Certains mettaient discrètement des gifles à leurs enfants qui montraient du doigt des voitures téléguidés, d'autres venaient juste acheter une clé USB et après les conseilles fort avisées des commerçantes en jupe courte, repartaient le sourire aux lèvres, avec un ordinateur. Puis il restait ceux qui n'achetaient rien, ceux qui entraient et sortaient les mains vides. Ils humaient l'odeur salé des poissons dans les glacières, admiraient les fines tranches de jambon dans les vitrines et essayaient des vêtements ''chics'' qu'ils ne porteraient jamais. Les caissières, quant à elles, étaient toutes sympathiques, elles souriaient tout le temps, comme si on leur avait agrafées les lèvres sur les joues. Malheureusement, je faisais partie de la première catégorie. Si j'en étais fière? Non. Mais je n'en étais pas moins conscient. Si je pouvait changer cela? Oui. Mais ma mauvaise foi me barrait la route. La vérité c'est que les gens mentent tout le temps, chaque jour, chaque minute, chaque seconde. Ils mentent à leurs amis, à leurs familles, à eux-mêmes. Chacun insulte l'autre d'hypocrite, sans même se rendre compte de sa propre hypocrisie.




